Loïc HERRY, poète et écrivain (décembre 1958 – juillet 1995)


 

Sur ce site, lisez des poèmes extraits de : Éclats (paru en 1991), Sous le voile de Tânit (1999), OUEST (2003), Polynésie-Poésie (2006), de Oeste-Ouest (2008), de Night And Day (2008) et Crise de manque (2010) ainsi que des pages en prose de Portrait de l'Artiste en Personnage de Roman, recueil de 7 nouvelles (1999)

...et sur cette page, une biographie et des extraits d'une belle étude récente sur l'oeuvre et l'écriture de Loïc HERRY, par Christophe Dauphin (2011).

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Loïc HERRY, né en décembre 1958 à Cherbourg, passe son enfance et son adolescence à Cherbourg, dans la presqu'île du Cotentin. Ses études universitaires ont lieu à Caen, et sa vie professionnelle dans l'Orne (Alençon, Flers, Mortagne-au-Perche)… d'où la présence de la Normandie dans ses œuvres.

"C'est une terre d'orchidée – le vent la lèche à pleine langue…"

La mer et les côtes de la Hague inspirent une partie de sa poésie : Ouest (Écrits des Forges, 2003), et de ses nouvelles, dans Portrait de L'Artiste en Personnage de Roman (L'Harmattan, 1999)

  • Dès 1982, la poésie et les textes de Loïc Herry apparaissent dans de nombreuses revues, comme  Voies/x, Décharge (6 fois !), Digraphe (Mercure de France), Minuit 48 (éditions de Minuit), la Revue de la maison de la Poésie Rhône-Alpes, ou plus récemment Le Frisson Esthétique (5 fois !).
    François David, créateur des éditions Møtus, est le premier éditeur à le remarquer en 1982 : il enregistre la nouvelle "Dernière" dans la revue sur cassettes Voix/es, mais surtout il publie ÉCLATS, seul recueil de poésie paru du vivant de Loïc Herry, en 1991. Loïc est également publié dans deux anthologies : Rivages d'Encre (Isoète, 1985) et 33 Courts (Møtus, 1990).

  • Toute l'œuvre inédite, trouvée après sa mort sur son ordinateur, est prête à l'édition : titres de recueils, têtes de chapitres, disposition des lignes, et parfois des indications telles que "Si ce roman est publiable, je souhaite qu'il le soit sous le nom ... (en tête de "Portrait de l'Artiste en personnage de Roman"). Ce dernier sera en fait publié de façon posthume sous ce titre, avec 6 autres nouvelles. C'est le seul regroupement de textes qui n'ait pas été fait par l'auteur. A ce jour sont parus 7 recueils posthumes..
  • En 2011, de nombreux textes nouveaux, manuscrits ou calligraphiés sont retrouvés, "premier jet" de poèmes repris dans des recueils ou pages nouvelles en prose poétique, conservés et rapportés par sa première compagne.

  • Ses voyages en Algérie, au Maroc, aux U.S.A., Canada et en Europe – Grande-Bretagne, Italie, etc. et maintes fois en Grèce – influencent son œuvre. Peu avant sa mort, il rejoint Christel et découvre la Polynésie avec éblouissement, lors d'une dernière rémission (Polynésie-Poésie, Ecrits des Forges, 2006). Mais de nombreux textes poétiques inédits parlent aussi de villes visitées dans son imagination...

  • Il est fasciné dès sa plus tendre enfance par les mots rares et anciens, par les mythologies grecque et latine, par les civilisations disparues, les rites funéraires de l'Egypte…"Mon ombre au bec d'ibis…"

  • Il a pour compagnons de route les écrivains de tous temps et de tous pays – de Voltaire, Proust, Flaubert, Cendrars, à Lewis Carroll, James Joyce, et les contemporains…, les poètes : Villon, Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé, Rainer Maria Rilke, Blaise Cendrars, Saint-John Perse, Jaccottet... et tous les poètes modernes, connus ou inconnus.
  • Il produit poésie, prose, calligraphie et graphismes... Presque 100 graphismes, collages, encres, de grands et petits formats sont trouvés après son décès. Sachant dès 1993 son temps mesuré (cf. la nouvelle Aux Tuileries : "Il allait mourir…"), en dépit du souffle qui lui est enlevé, il écrit, ré-écrit, travaillant jour et nuit (cf. ces notes à la fin du poème Night and Day : 1ère version, Caen 1985. Réfection, 1989. Refait mai 93. Refait février 95).

Si je devenais aveugle (et
je deviens aveugle) je regretterais
la contemplation de la nuit

De la nuit froide et odorante au fond
de laquelle respirent des vagues invisibles

La Poésie, c'est... (2006)


[…] bien sûr la bête en toi ouvre ses pinces
bien sûr ton souffle est sectionné
mais c'est la vie qui se pose ici
l'oiseau multicolore
un rire descend dans la gorge et

c'est un baiser d'amour

Polynésie-Poésie (2006)

 

Il garde toute sa lucidité jusqu'à la fin, comme il l’avait souhaité.
Il fait don de son corps à la science.

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Cette étude récente de 22 pages, dont voici trois courts extraits, recouvre bien tous les aspects de l'oeuvre de Loïc HERRY

LA MÉMOIRE, LA POÉSIE

Portrait de LOÏC HERRY en poète des Falaises,

par

Christophe DAUPHIN

J’ai découvert la poésie de Loïc Herry au Marché de la poésie de Paris. Je saisis (sur le stand de l’éditeur québécois Les Écrits des Forges) une plaquette dont la couverture m’attire, ainsi qu’une autre par inadvertance. L’intérêt de la première ne dépasse pas le cadre de la couverture. Je la repose. Le titre de la deuxième m’intrigue : Ouest. Je feuillette. Il s’agit d’une évocation forte et inédite de la Normandie : La Hague, en fait, qui est une presqu’île située à l'angle nord-ouest de la péninsule du Cotentin et du département de la Manche, et qui possède deux caps remarquables : le cap de la Hague, à Auderville, avec le port de Goury et son phare, puis le Nez de Jobourg, aux roches datant du Précambrien, soit deux milliards d'années. L’auteur est normand, comme le renseignent les deux premières lignes de la notice, en quatrième de couverture. La découverte de ce poète me comble, du fait de mes travaux du moment : je finalise le manuscrit des Riverains du feu (Le Nouvel Athanor, 2009) , une anthologie émotiviste de la poésie francophone contemporaine, tout en commençant à travailler sur Riverains des falaises (éditions clarisse, 2010) , soit une anthologie des poètes en Normandie du XIe siècle à nos jours. Je me dis aussitôt que je dois prendre contact avec l’auteur. Mais la lecture, intégrale cette fois, de la notice biographique, me pétrifie sur place. Le poète que je viens tout juste de découvrir m’échappe déjà, puisque décédé en 1995, à l’âge de trente-six ans. J’achète la plaquette et je pars sans commentaire. La lecture, dans la foulée, des livres disponibles de Herry, achève de me convaincre de l’intégrer au sein des Riverains du feu et de Riverains des falaises, soit les poètes émotivistes et les poètes de la normandité, ce qu’il est pleinement. Loïc Herry est de ces poètes qui incarnent pleinement la normandité. Le terme est de Léopold Sédar Senghor. Il fut très vite au centre de nos entretiens, dès ma rencontre avec le poète-président, en 1996. Il n’est bien sûr pas question d’un quelconque régionalisme de pacotille ou d’un sentimentalisme désuet. De la contestation et de la résistance, à l’amour, la normandité se manifeste à grand renfort d’humour noir, de dérision et de satire, au besoin de Merveilleux ; [... ] invocations grinçantes, d’éclats, à vif, des forces telluriques, malaxés et vécus dans les tréfonds de l’être. Le parcours de Loïc Herry, est à l’image de l’œuvre : soleil lumineux d’un côté et noir-abîme de l’autre. Trente-six ans, normand, poète, cancer, falaises, éclats, La Hague... Mais l’intérêt que doit susciter Loïc Herry, ne saurait se limiter à la seule compassion. Non, ce qui forge, au-delà de sa courte vie, la force de Loïc Herry, c’est ce qu’il fut et demeure : un poète.

[…] La poésie n’est pas seulement une passion, elle est vitale… Plutôt calme et réservé dans la vie (Je suis enfermé dans mon cœur. N’avez-vous pas vu mon visage ?), Loïc Herry pressent que tout commence par un goût mortel, et procède à un lâcher-tout dans ses poèmes : Crache et crie! Voici les tombeaux – tornades superbes. – Hume à pleins naseaux : la tempête est là, déjà les vitres éclatent. Il écrit abondamment. Son style, il le trouve presque immédiatement : une écriture concise, ciselée, nerveuse, grave, resserrée, qui colle au plus près du vécu et de la thématique incisive que développe le poète : Ecoute comme vient du fond du puits épais la voix vivante.

Après sa disparition, [on] découvre que Loïc a rigoureusement tout préparé pour la publication de ses œuvres. Tout est enregistré sur son ordinateur : titres de recueils, têtes de chapitres, disposition des vers, et parfois des indications telles que : Si ce roman est publiable, je souhaite qu'il le soit sous le nom de Pierre Lipstein. Ce dernier sera publié, en 1999, de façon posthume, sous ce titre, avec six autres nouvelles ; l’ensemble étant préfacé par Hélène Cixous (à qui le poète avait consacré son mémoire de maîtrise) : « Il s’agit de quotidien, d’histoires de jeunes gens... Chaque instant est tâté, vécu, épiphaniquement. Jamais de cliché. Toujours le plus minime événement est capté dans sa singularité, dans sa minute, saisi à la source. Contes et légendes de la réalité. Une œuvre puissante, discrète, trempée d’amour. Alliage d'extrême douceur et de flexible dureté. C’est beau et c’est miracle… Ici est né un écrivain sans pareil… L’œuvre demeure à sa place immense, déchirant bonheur. Elle, ne mourra plus. »

Les Hommes sans Epaules,

revue littéraire N°32, octobre 2011

(pages 169-190)