Loïc HERRY, poète et écrivain (décembre 1958 – juillet 1995)


 

Sur ce site, lisez des poèmes extraits de : Éclats (paru en 1991), Sous le voile de Tânit (1999), OUEST (2003), Polynésie-Poésie (2006), de Oeste-Ouest (2008), de Night And Day (2008) et Crise de manque (2010) ainsi que des pages en prose de Portrait de l'Artiste en Personnage de Roman, recueil de 7 nouvelles (1999)

...et sur cette page, l'opinion de François David, poète lui-même et créateur des éditions M øtus, ainsi que des extraits d'une belle étude récente de Christophe Dauphin sur l'oeuvre et l'écriture de Loïc HERRY.

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Entretien avec François David, par Cécile Guivarch, avril 2011

Quels sont vos meilleurs souvenirs de cette aventure d’édition ?

Le meilleur souvenir, ou plutôt le plus important et ce qui nous touche le plus chez Møtus, c’est d’avoir été le seul éditeur à publier de son vivant un recueil intégral de Loïc Herry. Depuis sa mort, on a découvert quel très grand poète il était, et désormais la quasi intégralité de son œuvre a été publiée chez divers éditeurs, avec des préfaces d’écrivains de renom (Hélène Cixous, Hubert Haddad, Michel Besnier…) qui lui rendent de vibrants et si justes hommages. Mais nous sommes heureux qu’il ait pu voir Eclats publié.

TERRE à CIEL - Poésie d’aujourd’hui

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Cette étude de 22 pages, dont voici trois extraits, recouvre bien tous les aspects de l'oeuvre de Loïc HERRY

LA MÉMOIRE, LA POÉSIE

Portrait de LOÏC HERRY en poète des Falaises,

par

Christophe DAUPHIN

J’ai découvert la poésie de Loïc Herry au Marché de la poésie de Paris. Je saisis (sur le stand de l’éditeur québécois Les Écrits des Forges) une plaquette dont la couverture m’attire, ainsi qu’une autre par inadvertance. L’intérêt de la première ne dépasse pas le cadre de la couverture. Je la repose. Le titre de la deuxième m’intrigue : Ouest. Je feuillette. Il s’agit d’une évocation forte et inédite de la Normandie : La Hague, en fait, qui est une presqu’île située à l'angle nord-ouest de la péninsule du Cotentin et du département de la Manche, et qui possède deux caps remarquables : le cap de la Hague, à Auderville, avec le port de Goury et son phare, puis le Nez de Jobourg, aux roches datant du Précambrien, soit deux milliards d'années. L’auteur est normand, comme le renseignent les deux premières lignes de la notice, en quatrième de couverture.

La découverte de ce poète me comble, du fait de mes travaux du moment : je finalise le manuscrit des Riverains du feu (Le Nouvel Athanor, 2009) , une anthologie émotiviste de la poésie francophone contemporaine, tout en commençant à travailler sur Riverains des falaises (éditions clarisse, 2010) , soit une anthologie des poètes en Normandie du XIe siècle à nos jours. Je me dis aussitôt que je dois prendre contact avec l’auteur. Mais la lecture, intégrale cette fois, de la notice biographique, me pétrifie sur place. Le poète que je viens tout juste de découvrir m’échappe déjà, puisque décédé en 1995, à l’âge de trente-six ans. J’achète la plaquette et je pars sans commentaire. La lecture, dans la foulée, des livres disponibles de Herry, achève de me convaincre de l’intégrer au sein des Riverains du feu et de Riverains des falaises, soit les poètes émotivistes et les poètes de la normandité, ce qu’il est pleinement. Loïc Herry est de ces poètes qui incarnent pleinement la normandité. Le terme est de Léopold Sédar Senghor. Il fut très vite au centre de nos entretiens, dès ma rencontre avec le poète-président, en 1996. Il n’est bien sûr pas question d’un quelconque régionalisme de pacotille ou d’un sentimentalisme désuet. De la contestation et de la résistance, à l’amour, la normandité se manifeste à grand renfort d’humour noir, de dérision et de satire, au besoin de Merveilleux ; [... ] invocations grinçantes, d’éclats, à vif, des forces telluriques, malaxés et vécus dans les tréfonds de l’être. Le parcours de Loïc Herry, est à l’image de l’œuvre : soleil lumineux d’un côté et noir-abîme de l’autre. Trente-six ans, normand, poète, cancer, falaises, éclats, La Hague... Mais l’intérêt que doit susciter Loïc Herry, ne saurait se limiter à la seule compassion. Non, ce qui forge, au-delà de sa courte vie, la force de Loïc Herry, c’est ce qu’il fut et demeure : un poète.

[…] La poésie n’est pas seulement une passion, elle est vitale… Plutôt calme et réservé dans la vie (Je suis enfermé dans mon cœur. N’avez-vous pas vu mon visage ?), Loïc Herry pressent que tout commence par un goût mortel, et procède à un lâcher-tout dans ses poèmes : Crache et crie! Voici les tombeaux – tornades superbes. – Hume à pleins naseaux : la tempête est là, déjà les vitres éclatent. Il écrit abondamment. Son style, il le trouve presque immédiatement : une écriture concise, ciselée, nerveuse, grave, resserrée, qui colle au plus près du vécu et de la thématique incisive que développe le poète : Ecoute comme vient du fond du puits épais la voix vivante.

Après sa disparition, [on] découvre que Loïc a rigoureusement tout préparé pour la publication de ses œuvres. Tout est enregistré sur son ordinateur : titres de recueils, têtes de chapitres, disposition des vers, et parfois des indications telles que : Si ce roman est publiable, je souhaite qu'il le soit sous le nom de Pierre Lipstein. Ce dernier sera publié, en 1999, de façon posthume, sous ce titre, avec six autres nouvelles ; l’ensemble étant préfacé par Hélène Cixous (à qui le poète avait consacré son mémoire de maîtrise) : « Il s’agit de quotidien, d’histoires de jeunes gens... Chaque instant est tâté, vécu, épiphaniquement. Jamais de cliché. Toujours le plus minime événement est capté dans sa singularité, dans sa minute, saisi à la source. Contes et légendes de la réalité. Une œuvre puissante, discrète, trempée d’amour. Alliage d'extrême douceur et de flexible dureté. C’est beau et c’est miracle… Ici est né un écrivain sans pareil… L’œuvre demeure à sa place immense, déchirant bonheur. Elle, ne mourra plus. »

Les Hommes sans Epaules,

revue littéraire N°32, oct. 2011

(pages 169-190)